Forts comme des Turcs
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Minarets en arrière-plan, tankers sillonnant l’eau irisée du Bosphore, les 29er sont lancés pour une ultime régate. Nous sommes le 16 juillet, Eole a daigné se lever plus tôt et plus fort pour épargner aux compétiteurs la séance quotidienne du « je transpire, je bois, je cherche l’ombre, j’attends, j’essaie de ne pas perdre ma concentration ». A ce petit jeu, les Français semblent meilleurs que les autres. Au classement des nations, ils caracolent en tête. La faute en partie à Gaël JAFFREZIC et Julien BLOYET, les membres du CER (Centre d’Excellence Régional) de La Baule, qui se sont emparés de la première place de la compétition deux jours auparavant et qui s’y accrochent calmement, intelligemment, heureusement. Nous sommes le 16 juillet, le vent souffle à 10-12 nœuds, dans la grand-voile du 29er un rond jaune qui symbolise l’or, celui que Gaël et Julien espèrent et pour lequel ils travaillent depuis de nombreux mois, enchaînant les entraînements, sur l’eau et à terre, ponctuant le tout de séances de débriefings avec la psychologue, de footings sur la plage, de conseils nutritionnels.
Pour l’heure, les étraves blanches fendent le clapot, on se croise et s’observe, la tension monte. Les organisateurs ont choisi cette dernière journée pour distribuer aux skiffs les GPS embarqués. Loin là-bas, les parents restés en France branchent leur ordinateur et s’apprêtent à stresser de concert… Les consignes du jour ont le goût un peu fade de menu obligé : ne pas perdre le contact avec les concurrents directs, néo-zélandais, américains, anglais. Et puis aller vite, marquer les plus dangereux, ne pas se laisser piéger. Dans les têtes, ça cravache. Premier départ : rappel général. On essaie de garder l’influx avec des gestes simples, réinitialiser le chrono, boire, reprendre ses repères sur la ligne. Deuxième procédure, cette fois les 29er sont en course. Alexandra Maloney, la talentueuse kiwi girl déjà championne du monde en 420, ajouterait bien un titre à son palmarès. On joue l’or et c’est du lourd. Les jeunes Français en oublient toute galanterie et empêchent leur concurrente d’évoluer librement. Mais au tiers du bord de près, le comité annule la course pour vice de procédure…
Devant les ordinateurs, l’incompréhension est totale. Parents, amis, connaissances ont depuis longtemps perdu leur calme ; les ongles raccourcissent et la zen attitude n’est plus qu’un vague concept ! Gaël et Julien, eux, sont sereins. Ils sentent bien ce championnat, ont confiance en leur vitesse et en leur vista. A peine le temps de souffler et la flotte s’élance à nouveau. Au vent, le Danois, le Sud Africain et le Suédois enroulent la marque devant le skiff français. Mais les équipages dangereux sont déjà derrière. Rapidement, la course fleure la réussite. Une descente sous spi et voilà nos représentants à la deuxième place. Encore quelques mètres et ils prennent la tête pour ne plus la lâcher. Les sourires s’élargissent. Ca y est, ils ont coupé la ligne d’arrivée, Gaël et Julien sont champions du monde ISAF, la France remporte pour la deuxième fois le trophée des nations ! Dans quelques heures, ils brandiront le trophée, le torse léger sous la médaille, Saint-Sophie en arrière-plan de leur rêve réalisé…
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